Qu'est-ce qu'une location saisonnière au sens de la loi ?
Avant de plonger dans les obligations, posons les bases. Le Code du tourisme définit le meublé de tourisme comme un logement meublé (villa, appartement, studio) proposé à une clientèle de passage qui n'y élit pas domicile. La location se fait à la journée, à la semaine ou au mois.
Durée maximale : la règle des 90 jours
Quel que soit le type de bien, résidence secondaire, investissement locatif, dépendance, tu ne peux pas louer à un même locataire plus de 90 jours consécutifs par année civile. Au-delà, on sort du cadre de la location saisonnière et on bascule dans un autre régime juridique.
Surface minimale et logement décent
Ton logement doit respecter les critères de décence fixés par le décret n°2002-120 du 30 janvier 2002 :
Surface habitable d'au moins 9 m² (soit un volume minimal de 20 m³).
Conditions de sécurité et de salubrité respectées (installations électriques, gaz, ventilation, absence de risque pour la santé).
Présence des 11 équipements obligatoires pour qualifier un bien de « meublé » : literie avec couette ou couverture, volets ou rideaux occultants dans les chambres, plaques de cuisson, four ou four à micro-ondes, réfrigérateur avec compartiment congélateur, vaisselle, ustensiles de cuisine, table et sièges, luminaires, étagères de rangement et matériel d'entretien ménager.
En location saisonnière, ces équipements constituent le strict minimum. Pour te démarquer de la concurrence et obtenir de meilleurs avis (et donc de meilleurs tarifs), ajoute du linge de maison de qualité, une machine à café, le Wi-Fi, un guide d'accueil et quelques touches déco soignées.
Résidence principale, secondaire, dépendance : des règles différentes
La réglementation de la location saisonnière ne s'applique pas de la même manière selon la nature du bien que tu mets en location. Voici le détail pour chaque situation.
Louer ta résidence principale
Ta résidence principale est le logement que tu occupes au moins 8 mois par an. Tu peux la louer en meublé de tourisme pendant tes absences (vacances, déplacements), mais avec une limite stricte : 120 jours de location maximum par année civile.
Depuis la loi Le Meur, les communes ont la possibilité d'abaisser ce plafond à 90 jours par an. Vérifie donc la règle applicable dans ta ville avant de planifier ton calendrier.
Exceptions à la limite des 120 jours : en cas d'obligation professionnelle, de raison de santé ou de force majeure, tu peux dépasser ce seuil. Ces situations restent toutefois encadrées et tu devras pouvoir les justifier.
Louer une chambre chez toi
Tu as une chambre disponible dans ton logement et tu continues à y vivre en parallèle ? Bonne nouvelle : la limite des 120 jours ne s'applique pas. Tu peux louer cette chambre à des voyageurs tout au long de l'année, à condition de respecter les règles de décence et d'équipement.
Louer ta résidence secondaire
Aucune restriction de durée annuelle ne s'applique pour la location d'une résidence secondaire (au-delà de la limite de 90 jours consécutifs par locataire). En revanche, les formalités administratives sont plus lourdes : déclaration obligatoire en mairie et, dans certaines communes, autorisation de changement d'usage.
Louer une dépendance
Un studio de jardin, un garage aménagé, une petite maison indépendante sur ton terrain : ces dépendances peuvent aussi être louées en saisonnier. Assure-toi de respecter la réglementation d'urbanisme de ta commune (permis de construire ou déclaration préalable de travaux le cas échéant), ainsi que les critères de décence et d'équipement.
Et si ton locataire veut sous-louer ?
Un locataire en bail longue durée peut sous-louer sa résidence principale en location saisonnière, mais uniquement s'il remplit deux conditions :
Obtenir ton accord écrit au préalable.
T'informer du prix de la sous-location, qui ne peut pas dépasser le montant de son loyer mensuel.
Si tu découvres une sous-location non autorisée, fais constater la fraude par un commissaire de justice (une simple capture d'écran d'annonce Airbnb ne suffit pas). Tu pourras ensuite demander la résiliation du bail, le remboursement des sommes perçues et des dommages et intérêts.
Toutes les démarches administratives à accomplir
La réglementation location saisonnière impose plusieurs formalités avant de publier ta première annonce. Voici le parcours complet, étape par étape.
Étape 1 : vérifier le règlement de copropriété
Si ton bien se situe dans une copropriété, c'est le premier réflexe à avoir. Certains règlements contiennent une clause d'habitation exclusivement bourgeoise qui interdit toute activité commerciale y compris la location de courte durée.
Depuis la loi Le Meur :
Tout copropriétaire qui se déclare loueur de meublé de tourisme doit en informer le syndic.
Les nouveaux règlements de copropriété doivent désormais mentionner explicitement si la location en meublé de tourisme est autorisée ou interdite.
Pense aussi à vérifier les règles d'accès aux équipements communs (piscine, jardin, salle de sport). Si tes voyageurs n'y ont pas droit, mieux vaut ne pas les mentionner dans ton annonce pour éviter les litiges.
Étape 2 : déclarer ton meublé en mairie
C'est l'obligation centrale de la réglementation. Deux régimes coexistent encore en 2026, mais convergent vers un système unique :
La déclaration simple
Elle concerne les communes qui n'appliquent pas la réglementation sur le changement d'usage. Tu la réalises en ligne sur le site de ta mairie ou via le formulaire Cerfa n°14004*04. Son but : permettre à la municipalité de recenser l'offre touristique sur son territoire.
Tu n'as pas besoin de cette déclaration si tu loues ta résidence principale dans une commune non soumise au changement d'usage.
La déclaration préalable soumise à enregistrement
Elle s'applique dans les communes qui ont mis en place la réglementation sur le changement d'usage. Tu effectues ta demande en ligne et tu reçois un numéro d'enregistrement à faire figurer obligatoirement sur toutes tes annonces (Airbnb, Booking, Leboncoin, site personnel…).
À partir du 20 mai 2026 au plus tard, la loi Le Meur généralisera l'enregistrement préalable à toute la France. Un téléservice national remplacera les systèmes communaux actuels. Chaque propriétaire, quelle que soit sa situation (résidence principale, secondaire, investissement locatif), devra obtenir ce numéro.
Récapitulatif : quelle déclaration pour ta situation ?
Résidence principale dans une commune sans changement d'usage : aucune déclaration (jusqu'à la mise en place du téléservice national).
Résidence secondaire ou investissement locatif dans une commune sans changement d'usage : déclaration simple.
Tout type de bien dans une commune avec changement d'usage : déclaration préalable soumise à enregistrement.
À compter du 20 mai 2026 : enregistrement obligatoire pour tous, partout.
Étape 3 : obtenir l'autorisation de changement d'usage (si applicable)
Cette étape concerne uniquement les propriétaires qui louent un bien autre que leur résidence principale dans une commune soumise à la réglementation sur le changement d'usage.
Quelles communes sont concernées ?
D'après l'article L.631-7 du Code de la construction et de l'habitation, cette réglementation s'applique :
Dans toutes les villes de plus de 200 000 habitants (Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, etc.).
Dans les départements des Hauts-de-Seine (92), Seine-Saint-Denis (93) et Val-de-Marne (94).
Dans toute commune située en zone tendue où le conseil municipal ou l'intercommunalité a voté l'application de cette réglementation (article L.631-9 du CCH).
En quoi consiste le changement d'usage ?
Quand tu transformes un logement à usage d'habitation en meublé de tourisme, tu changes son « usage » au sens juridique. Dans les communes concernées, cette transformation nécessite une autorisation préalable délivrée par la mairie.
Certaines villes, comme Paris, imposent un mécanisme de compensation : pour chaque mètre carré transformé en meublé touristique, tu dois “rendre” un mètre carré d'usage commercial à l'habitation (parfois avec un coefficient multiplicateur). Ce dispositif complexe et coûteux vise à protéger le parc de logements permanents.
Étape 4 : s'immatriculer et déclarer ton activité
Au-delà des obligations communales, la location saisonnière est une activité qui génère des revenus imposables. Tu dois :
T'immatriculer auprès du Greffe du tribunal de commerce (ou via le guichet unique de l'INPI) pour obtenir un numéro SIRET, indispensable pour déclarer tes revenus de location meublée.
Déclarer tes revenus locatifs chaque année, soit au régime micro-BIC, soit au régime réel nous y revenons dans la section fiscalité.
Fiscalité et obligations déclaratives en 2026
La fiscalité est un volet essentiel de la réglementation location saisonnière. La loi Le Meur a considérablement resserré les avantages fiscaux des meublés non classés, tout en préservant ceux des meublés classés.
Micro-BIC : les seuils et abattements applicables
Si tes revenus locatifs annuels ne dépassent pas certains plafonds, tu peux opter pour le régime micro-BIC, qui applique un abattement forfaitaire sur tes recettes :
Meublés de tourisme classés et chambres d'hôtes : abattement de 50 %, applicable jusqu'à 83 600 € de recettes annuelles.
Meublés de tourisme non classés : abattement de 30 %, applicable jusqu'à 15 000 € de recettes annuelles.
Au-delà de ces seuils, ou si tu le souhaites par optimisation, tu bascules au régime réel, qui te permet de déduire tes charges réelles (travaux, intérêts d'emprunt, amortissements, frais de gestion, assurance…). Pour de nombreux propriétaires de meublés saisonniers, le régime réel reste plus avantageux, surtout en phase d'investissement.
L'impact concret de la loi Le Meur sur ta fiscalité
Avant cette réforme, les meublés de tourisme non classés bénéficiaient d'un abattement de 50 % jusqu'à 77 700 € de recettes. Le passage à 30 % d'abattement avec un plafond de 15 000 € représente un durcissement majeur. Si tu génères plus de 15 000 € par an avec un meublé non classé, tu ne peux plus bénéficier du micro-BIC.
Conséquence directe : le classement de ton meublé de tourisme devient un levier fiscal puissant. Avec un classement (en étoiles, de 1 à 5), tu conserves l'abattement de 50 % et un plafond bien plus généreux. Le classement est réalisé par un organisme accrédité et reste valable 5 ans.
Taxe de séjour
Tu dois collecter la taxe de séjour auprès de tes voyageurs et la reverser à ta commune. Son montant varie selon la commune et le classement de ton logement. Sur les plateformes comme Airbnb et Booking, la collecte est souvent automatique, mais vérifie toujours que c'est bien le cas pour ta commune.
Cotisation foncière des entreprises (CFE)
En tant que loueur de meublé de tourisme, tu es redevable de la CFE, un impôt local calculé sur la valeur locative de ton bien. Son montant varie d'une commune à l'autre. Pense à la budgétiser dans tes charges annuelles.
DPE et performance énergétique : les nouvelles exigences
La loi Le Meur introduit pour la première fois des obligations de performance énergétique pour les meublés de tourisme. Jusqu'ici, les locations saisonnières échappaient aux contraintes du DPE qui s'appliquaient aux locations longue durée. C'est terminé.
Le calendrier des obligations DPE
Dans les communes soumises à la réglementation sur le changement d'usage, ton logement doit respecter un niveau minimal de performance énergétique pour obtenir (ou conserver) ton autorisation :
2025-2027 : classe F minimum (les logements classés G sont exclus).
2028-2033 : classe E minimum.
À partir de 2034 : classe D minimum.
Exception : si le bien constitue ta résidence principale, l'obligation de performance énergétique au titre du changement d'usage ne s'applique pas.
Sanctions en cas de non-conformité
Le maire peut exiger la présentation d'un DPE valide. En cas de non-respect :
100 € d'amende par jour de retard pour la production du DPE.
Jusqu'à 5 000 € d'amende administrative si le logement ne respecte pas les normes de décence énergétique.
Si tu possèdes un logement classé F ou G, anticipe dès maintenant les travaux de rénovation énergétique. Les aides (MaPrimeRénov', CEE) sont accessibles aux propriétaires bailleurs et peuvent couvrir une part significative du coût des travaux.
Sanctions et risques en cas de non-respect de la réglementation
La réglementation location saisonnière ne se contente pas de fixer des règles : elle prévoit des sanctions dissuasives en cas d'infraction. Les montants ont été revus à la hausse par la loi Le Meur.
Défaut d'enregistrement
Ne pas enregistrer ton meublé de tourisme t'expose à une amende administrative pouvant atteindre 10 000 €.
Fausse déclaration ou faux numéro d'enregistrement
Déclarer de fausses informations ou utiliser un numéro d'enregistrement frauduleux peut entraîner une amende de 20 000 €.
Dépassement des 120 jours (résidence principale)
Si tu loues ta résidence principale au-delà de la durée autorisée, tu t'exposes à une amende civile pouvant aller jusqu'à 15 000 €. Les plateformes sont d'ailleurs tenues de bloquer automatiquement les réservations au-delà du plafond dans les communes qui ont mis en place un dispositif de contrôle.
Location sans autorisation de changement d'usage
Louer un bien en meublé touristique sans l'autorisation requise dans une commune où elle est obligatoire peut entraîner une amende civile allant jusqu'à 50 000 € par logement. Le juge peut également ordonner le retour du bien à l'usage d'habitation, sous astreinte.
Non-respect des règles de copropriété
Si tu loues malgré une interdiction inscrite au règlement de copropriété, le syndicat des copropriétaires peut agir en justice pour obtenir la cessation de l'activité et des dommages et intérêts.
Le message est clair : le risque financier d'une non-conformité dépasse largement le coût des démarches administratives. Mieux vaut investir quelques heures dans la mise en conformité que de recevoir un courrier de la mairie.
Faut-il faire classer ton meublé de tourisme ?
Le classement en étoiles (de 1 à 5) est une démarche facultative, mais elle devient presque indispensable en 2026 au regard de la nouvelle réglementation de la location saisonnière.
Les avantages concrets du classement
Fiscalité plus favorable : abattement micro-BIC de 50 % (contre 30 % sans classement) et plafond de 83 600 € (contre 15 000 €).
Visibilité accrue : les étoiles rassurent les voyageurs et te positionnent mieux dans les résultats de recherche des plateformes.
Exonération partielle de taxe d'habitation : selon ta commune, le classement peut ouvrir droit à certains avantages fiscaux locaux.
Comment se passe le classement ?
Tu fais appel à un organisme de contrôle accrédité (comme Atout France ou un cabinet agréé) qui visite ton logement et évalue une centaine de critères : surface, équipements, confort, accessibilité, développement durable… Le classement obtenu est valable 5 ans.
Le coût d'une visite de classement se situe généralement entre 150 et 300 €, selon la taille du logement et l'organisme choisi. Rapporté aux économies fiscales générées, c'est un investissement très vite rentabilisé.